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éternel tréblinka : sorti en français !

 
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Budy
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Inscrit le: 26 Déc 2005
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MessagePosté le: Jeu 10 Jan 2008 | 22:43    Sujet du message: éternel tréblinka : sorti en français ! Répondre en citant

Voici une critique d'"éternel Tréblinka", traduit enfin en français cette année, publié par Calmann-lévy le 3 janvier 2008 :

(critique faite par les "cahiers antispécistes" en 2002) Par la suite, la critique du monde du 10 janvier.

Eternal Treblinka est dédié à la mémoire d'Isaac Bashevis Singer et c'est à ce dernier que Charles Patterson a emprunté la citation mise en exergue de son ouvrage1 :

En pensée, Herman prononça l'oraison funèbre de la souris qui avait partagé une partie de sa vie avec lui et qui, à cause de lui, avait quitté ce monde. « Que savent-ils, tous ces érudits, tous ces philosophes, tous les dirigeants de la planète, que savent-ils de quelqu'un comme toi ? Ils se sont persuadés que l'homme, l'espèce la plus pécheresse entre toutes, est au sommet de la création. Toutes les autres créatures furent créées uniquement pour lui procurer de la nourriture, des peaux, pour être martyrisées, exterminées. Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka2. »

Le titre en lui-même, Eternel Treblinka : la façon dont nous traitons les animaux et l'Holocauste, peut suffire à déclencher l'hostilité de ceux et celles qui veulent à tout prix conserver une frontière entre eux-mêmes et les animaux non-humains. En effet, pour certains, se permettre de comparer le massacre des Juifs à celui des animaux, c'est dévaloriser les Juifs. Pour d'autres, comme moi, la comparaison ne vise nullement à dévaloriser les uns au mépris des autres ; elle permet simplement de dénoncer l'horreur des abattoirs aujourd'hui, tout comme on a dénoncé l'horreur des camps d'extermination.

Eternal Treblinka se divise en trois parties, chacune composée de deux ou trois chapitres. Elles s'intitulent respectivement « Erreur capitale », « Espèce suprême, race suprême » et « Échos de l'Holocauste ». L'ensemble est riche de faits historiques, de citations, de références et d'anecdotes diverses.

Erreur capitale

La première partie retrace, assez brièvement mais de manière fort intéressante, l'histoire de l'exploitation des animaux non-humains par le biais de leur domestication depuis l'Antiquité, en notant par ailleurs ce qu'en disaient les principales religions ainsi que des philosophes, tels Platon ou Aristote. Par exemple, ce dernier arguait que la domination des hommes sur les animaux s'étendait aux esclaves et aux femmes, que les peuples voisins « non-civilisés » étaient des esclaves par nature. Patterson établit ainsi une corrélation entre l'esclavage des animaux et celui des humains. Il cite également la loi romaine, Cicéron, saint Thomas d'Aquin ou encore Francis Bacon, selon qui « l'homme était le centre du monde », sans oublier Descartes. Le fossé ainsi établi entre humains et non-humains, au moyen de « critères tels que la possession de raison, la capacité à utiliser un langage intelligible, la religion, la culture ou les mœurs a procuré aux hommes les outils pour juger les autres peuples. Ceux qui ne possédaient pas les qualités requises étaient considérés comme sous-humains. Ceux-là devenaient ainsi des bêtes d'une certaine utilité qu'il fallait domestiquer et rendre dociles, ou bien des prédateurs, des parasites dont il fallait se débarrasser » (p. 25).

Le deuxième chapitre expose comment le fait de qualifier d'animaux certaines catégories de personnes a pu servir de prélude à leur persécution, exploitation et meurtre. Ainsi les Anglais comparaient les Hottentots à leurs troupeaux d'animaux, qui semblaient davantage caqueter telles des poules ou des dindes que parler comme des hommes ; Georges Cuvier (1769-1832) décrivait les Africains comme « la race humaine la plus dégradée qui soit et dont les formes se rapprochent de celles des bêtes » ; Paul Broca (1824-80), un pathologiste français, anthropologue, mesura des crânes humains pour démontrer que la taille du cerveau était proportionnelle à l'intelligence, déclarant que la taille du cerveau, et donc l'intelligence, des hommes blancs était supérieure à celle des femmes, des pauvres et des « races inférieures » non-européennes (pp. 28-29).

Patterson consacre ensuite quelques pages au génocide des Indiens d'Amérique, eux aussi considérés comme non-humains à l'époque ; puis il traite de la guerre des Philippines et de la Shoah en passant par Hiroshima et Nagasaki. Il relate comment, pour chacun de ces massacres, les assaillants avaient traité leurs victimes de « sauvages, gorilles, « gooks » (littéralement Asiate- synonyme de saloperie en américain), singes jaunes, babouins, chiens, rats, vipères, vermine, cochons, moutons », et j'en passe.

Patterson nous dit plus loin : « En 1991, pendant la guerre du Golfe, les pilotes américains comparaient les tirs sur les soldats iraquiens à des tirs sur des dindes ; les civils qui couraient s'abriter n'étaient que des « cafards ». En temps de guerre, ce genre de comparaisons permet de déshumaniser l'ennemi et facilite ainsi le meurtre [...], il s'agit d'une redéfinition nécessaire pour que des non-psychopathes puissent massacrer des innocents sans toutefois se reprocher quoi que ce soit. Enfin, dans Mein Kampf, Hitler décrivait les Juifs comme étant « des araignées qui sucent lentement le sang du peuple, une bande de rats qui se battent entre eux (...) les sangsues éternelles. »

Espèce suprême, race suprême

La deuxième partie (chapitres 3 à 5) commence par deux citations ; la première est tirée de The Lives of Animals3, de J.M. Coetzee, la seconde est de Theodor Adorno : « Auschwitz commence lorsque quelqu'un regarde un abattoir et se dit : ce ne sont que des animaux. » Cette deuxième grande partie étudie la manière dont le massacre industrialisé des animaux, d'une part, et des humains, d'autre part, se sont enchevêtrés au cours du vingtième siècle, et comment l'eugénisme et l'abattage à la chaîne ont traversé l'Océan Atlantique pour trouver une terre fertile en Allemagne nazie.

Le chapitre trois, intitulé « L'industrialisation de l'abattage - La route qui mène à Auschwitz en passant par les États-Unis », nous présente le célèbre Henry Ford sous un jour nouveau, nous apprenant qu'il était antisémite et qu'il a aidé au développement de la propagande nazie. On y apprend également que Ford a tiré son idée de travail à la chaîne d'un abattoir de Chicago. On y découvre par ailleurs de nombreuses descriptions des abattoirs américains du début du siècle dernier, notamment grâce à Work and Community in the Jungle: Chicago's Packinghouse Workers, 1894-19224, de l'historien James Barrett (p. 60). Ou encore, par l'intermédiaire de l'artiste engagée Sue Coe, qui dans les années 1990 a passé six ans à visiter des abattoirs à travers les États-Unis ; elle a publié un ensemble de croquis et descriptions5 depuis les petites entreprises familiales jusqu'aux géants de l'abattage (p. 65).

Le chapitre 4, « Pour un meilleur troupeau », nous présente l'histoire de l'eugénisme, sa naissance aux États-Unis au sein de l'Association des Éleveurs Américains, puis son implantation en Europe. Voici une anecdote tirée de ce chapitre : Lothrop Stoddard, anthropologue américain reconnu, passa quelques mois en Allemagne nazie au cours de l'année 1940. Il eut accès aux secrets de la recherche scientifique et assista à un jugement de la Cour suprême en matière d'hérédité, qui devait statuer sur le sort d'une enfant retardée mentale ; d'une sourde et muette dont la famille présentait de nombreuses tares héréditaires ; d'un maniaco-dépressif (au sujet duquel Stoddard écrivit qu'il fallait le stériliser) ; et enfin d'un homme « semblable à un singe » avec des antécédents homosexuels, marié à une Juive, dont il avait eu trois enfants « qui n'allaient jamais bien ». Stoddard quitta la séance en étant très impressionné par l'efficacité de la Cour à éliminer les « éléments inférieurs ». De retour aux États-Unis, il assura à ses compatriotes Américains que « les Nazis retiraient les mauvaises graines du troupeau allemand de manière scientifique et tout à fait humaine ». Quant au « problème des Juifs », celui-ci était déjà réglé en principe, il ne restait plus qu'à appliquer ce qui était prévu, à savoir les « éliminer physiquement » (p. 100).

Patterson remarque ensuite que les centres agricoles travaillant sur l'eugénisme ont fourni une grande partie du personnel envoyé dans les camps de la mort. Il termine le chapitre sur la phrase suivante : « Pour le personnel T4 et les ouvriers des camps de la mort envoyés en Pologne pour exterminer les Juifs, leur expérience dans l'exploitation et l'abattage des animaux s'est révélée être un excellent entraînement. » (p. 108)

Dans le chapitre 5, « Sans même une larme en hommage », on apprend que : « Au cours du vingtième siècle, deux des nations industrialisées du monde, les États-Unis et l'Allemagne, ont tué des millions d'êtres humains et des milliards d'autres êtres. Chacune a donné sa propre contribution au carnage du siècle : l'Amérique à donné les abattoirs au monde moderne ; l'Allemagne nazie lui a donné les chambres à gaz. Bien que ces deux opérations fatales aient des victimes et des buts différents, elles ont plusieurs traits en commun. »

Patterson étudie ainsi la terminologie commune aux deux espaces de meurtre.

Il poursuit avec le fait que les personnes malades, faibles ou blessées à leur arrivée dans un camp étaient immédiatement écartées, puis « éliminées » pour ne pas représenter une gêne ; il en va de même aujourd'hui encore pour les animaux trop affaiblis à leur arrivée pour se tenir debout et qu'on abandonne dans un coin jusqu'à ce que quelqu'un ait le temps de « s'occuper » d'eux.

Ensuite, Patterson nous parle des « petits » (p. 116) et nous dit notamment que nombre des animaux mangés ne sont que des bébés : cochons, agneaux, veaux âgés de quelques mois, ou cochons de lait âgés d'une à neuf semaines. Certains ouvriers admettent que le plus dur est de tuer les agneaux et les veaux « parce qu'ils ne sont que des bébés » ; « parfois un veau tout juste séparé de sa mère vient téter le doigt d'un ouvrier dans l'espoir de recevoir du lait, mais il ne reçoit que la méchanceté des hommes ». En parallèle, la plupart des membres composant les Einsatzgruppen (groupes d'action allemands chargés de massacres de civils) trouvaient qu'il était plus dur de tuer les enfants que les hommes et les femmes ; dans les camps, cette tâche était exécutée tellement vite que certaines victimes étaient jetées dans la fosse encore vivantes.

Les paragraphes suivants traitent du rapport entre Hitler et les animaux, nous expliquant qu'il traitait ses ennemis de « porcs », les diplomates anglais de « petits vers », son propre peuple de « stupide troupeau de moutons » tandis que ses sœurs n'étaient que « des oies stupides ». Patterson réserve également une place au fait qu'Hitler était anti-végétarien, qu'en arrivant au pouvoir en 1933 il a interdit toutes les associations végétariennes allemandes, fait arrêter leurs présidents, puis interdire également ce type d'association dans les territoires occupés. Patterson donne ensuite une explication au mythe de Hitler-végétarien (p. 127 et suiv.).

Échos de l'Holocauste

Enfin, la troisième partie (chapitres 6 à Cool nous présente le parcours de Juifs et d'Allemands concernés par l'Holocauste qui se sont tournés vers les droits des animaux. Elle commence notamment par une citation de Helmut Kaplan : « Un jour, nos petits-enfants nous demanderont : où étais-tu pendant l'Holocauste des animaux ? Qu'as-tu fait contre ces crimes horribles ? Nous ne pourrons donner la même excuse une seconde fois, dire que nous ne savions pas. »

Le chapitre 6 « Nous aussi, nous étions comme ça » nous parle donc de victimes directes ou indirectes de la Shoah qui se sont tournées vers la libération animale. Beaucoup d'enfants de survivants à l'Holocauste ont fait leur carrière dans des professions tournées vers autrui : professeurs, conseillers conjugaux, psychiatres, psychologues ou assistants sociaux. Une femme dont douze membres de la famille sont morts en camp confie : « Quand on grandit en apprenant que sa famille a été tuée par un gouvernement et un peuple qui les jugeaient sans valeur, qui avaient un pouvoir total sur eux et qui l'exerçaient sans ménagement, en leur prenant tout, jusqu'à leur vie, on ne peut s'empêcher d'avoir de l'empathie pour ceux qui sont encore dans cette situation. Les animaux sont faibles, sans voix, ils ne peuvent s'entraider ni s'aider eux-mêmes. Nous aussi, les Juifs, nous étions comme ça. » (p. 140)

Plus loin, on découvre l'histoire de « Hacker », pseudonyme d'un militant de l'ALF, qui porte encore le tatouage qu'il s'était vu attribuer, enfant, à Auschwitz. Arrivé aux États-Unis à l'âge de dix ans, il fut adopté par un boucher, dont il finit par reprendre le commerce, jusqu'à ce qu'il en soit dégoûté et devienne végétarien (p. 142).

Quelques paragraphes plus loin, Patterson nous présente Susan Kalev, elle aussi rescapée des camps de concentration, qui participa à sa première manifestation pour les animaux juste après avoir accosté une femme qui arborait un tee-shirt décrivant la vie des veaux séparés de leur mère (p. 143).

Le dernier exemple que je vous présenterai est celui de Lucy Kaplan, diplômée de Princeton et de l'université de droit de Chicago, auteure de la préface de Eternal Treblinka. Ses parents se sont rencontrés dans un camp autrichien. Lucy Kaplan a été hantée par des images de l'Holocauste toute sa vie ; elle est « certaine d'avoir en partie été attirée par la libération animale parce qu'elle perçoit des similitudes entre l'exploitation institutionnalisée des animaux et le génocide nazi » (p. 146).

Les interviews s'enchaînent pour conclure sur cette remarque pessimiste d'Albert Kaplan, fils de Juifs russes : « La grande majorité des survivants à l'Holocauste est carnivore et ne s'intéresse pas plus à la souffrance des animaux que les Allemands se préoccupaient de la souffrance des Juifs. Qu'est-ce que cela signifie ? Laissez-moi vous le dire. Cela signifie que nous n'avons rien appris de l'Holocauste. Rien. Tout cela pour rien. Il n'y a aucun espoir » (p. 167).

Je ne détaillerai pas le chapitre 7, « Cet abattoir sans limites », dans lequel Patterson nous donne un aperçu très fourni des livres de Isaac Bashevis Singer, en nous faisant partager quelques moments clefs de ses récits, illustrant ainsi la compassion de cet admirable auteur yiddish, prix Nobel de littérature. Un régal.

Le chapitre 8, « De l'autre côté de l'Holocauste - Des Allemands donnent leur voix aux sans-voix », nous présente des histoires individuelles, comme dans le chapitre 6, mais cette fois-ci les interviewés sont allemands. Permettez-moi de vous rapporter le récit de Liesel Appel, que Patterson nous livre sous le titre « Le bébé d'Hitler » (p. 210).

Liesel, née en 1941, était l'enfant tant attendu d'un couple d'Allemands désireux de faire honneur au Führer en lui « donnant » un petit Aryen de plus. Son père lui disait qu'elle devait sa vie à Adolf Hitler et qu'elle avait pour devoir de s'assurer que l'Allemagne reste un pays fort. « Mon père était mon héros ». Liesel ne savait rien des activités nazies de ses parents et c'est au cours du printemps 1951 qu'elle tomba de haut, un an après la mort de son père. Elle jouait à la marelle lorsqu'un jeune homme très bien habillé et parlant parfaitement l'allemand lui demanda : « Ma petite, où habites-tu ? ». Liesel sourit et lui montra sa maison du doigt. Lorsque l'étranger acquiesça d'un signe de tête, Liesel remarqua qu'il portait une petite casquette sur l'arrière de la tête. Il lui raconta qu'il avait habité dans la maison voisine et qu'un grand homme lui avait sauvé la vie au cours de Kristallnacht6. Devant l'air dubitatif de l'enfant, l'étranger lui expliqua qu'en novembre 1938 Hitler avait donné l'ordre de détruire tout ce qui appartenait aux Juifs. Il n'avait lui-même que 9 ans à l'époque ; on avait tué ses parents, on l'avait jeté par la fenêtre du deuxième étage et un voisin était venu le chercher pour le cacher. Il habitait désormais en Israël et était revenu pour remercier l'homme qui lui avait sauvé la vie. Liesel était fort étonnée d'entendre parler d'Israël, de Kristallnacht ou de gens se faisant tuer à côté de chez elle. Mais tout à coup, elle fut certaine d'une chose : c'était son père qui avait sauvé ce jeune homme ! Elle le prit par la main et le mena jusqu'à chez elle pour que sa mère le rencontre. Lorsque cette dernière l'aperçut, son visage se glaça et elle envoya sa fille dans sa chambre. Par la fenêtre, Liesel vit le jeune homme partir à toutes jambes, puis entendit sa mère monter l'escalier. Elle était rouge de colère : « Ne t'avise plus jamais de faire ren-trer des gens comme ça chez nous !

- Des gens comme quoi ? » Liesel eut soudain le pressentiment que ses parents étaient pour quelque chose dans l'horrible histoire du jeune homme.

« Maman, qu'est-ce qu'on a fait pendant la guerre ? On n'a pas sauvé cet homme ? »

Sa mère l'attrapa par le bras et la secoua violemment.

« Ton père était un homme respectable ! Ses croyances étaient justes ! Pourquoi aurait-il sauvé un Juif ? »

Liesel n'avait jamais répondu à ses parents, elle était une petite fille bien élevée. Elle regarda sa mère dans les yeux et lui répondit :

« Vous êtes des assassins ! Ne pose plus jamais la main sur moi ! »

Elle poussa sa mère hors de la chambre et claqua la porte.

« Ce fut la fin de mon enfance, confie Liesel. Je ne l'ai plus jamais touchée, ni appelée maman. »

Patterson nous livre la suite de cette histoire, la vie de Liesel, devenue végétarienne, et je vous laisserai la découvrir par vous-même, en espérant que vous aurez bientôt l'occasion de lire Eternal Treblinka.

POUR CONCLURE...

Avant de rédiger le synopsis que vous venez de lire, j'ai traduit l'article que Charles Patterson a lui-même rédigé pour présenter son livre, Animals, Slavery and the Holocaust, et que vous pouvez consulter en anglais sur le site d'une association norvégienne pour les animaux7. Il sera prochainement disponible en français sous le titre, Les animaux, l'esclavage et l'Holocauste, sur le site des Cahiers*.

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Critique

Charles Patterson : l'abattage, un laboratoire de la barbarie
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-997729,0.html

LE MONDE DES LIVRES | 10.01.08 | 13h00

es Etats-Unis nous vient un livre qui semble arriver à point nommé pour conforter tous ceux qui dénoncent le principe même d'un droit des animaux et pensent que les thèses de la "libération animale" devaient immanquablement conduire à des dérapages scandaleux. Comment ne pas être en effet choqué par ce titre, Un éternel Treblinka, que l'historien américain Charles Patterson a osé donner à un livre sur la condition animale ?

Pourtant, chapitre après chapitre, on comprend qu'il ne s'agit pas là d'une outrance irresponsable : sans nous faire grâce du moindre détail, l'auteur nous oblige à accompagner l'effroyable parcours qui aboutit à la tuerie des animaux de boucherie, ce processus qui s'effectue à la fois en marge et au coeur des sociétés industrielles. Il veut obliger nos contemporains à prendre connaissance de cette violence banale, légale que des directives encadrent, certes, mais que sa technicité industrielle et son obnubilation par le profit rendent doublement inhumaine : vis-à-vis des bêtes qu'on transporte, qu'on parque, puis qu'on abat, et vis-à-vis des hommes qu'on exerce à l'insensibilité.

COMMENCEMENT DU PIRE

De ce processus industriel, Patterson propose une genèse surprenante qu'étayent quelques rappels historiques. C'est dans les Union Stock Yards, gigantesque réseau de parcs à bestiaux et d'abattoirs, installés au sud de Chicago, reliés par des centaines de kilomètres de voies ferrées, qu'Henry Ford en 1922 eut la révélation de la chaîne de production dont il fit le modèle d'organisation du travail, auquel il a attaché son nom. Or c'est le même homme qui fut à l'époque l'instigateur de textes antijuifs virulents et le propagateur du pamphlet antisémite Les Protocoles des sages de Sion. Au commencement du pire, il y aurait donc eu comme une connexion entre l'antisémitisme génocidaire et la division du travail d'abattage. De Chicago à Treblinka, la conséquence serait implacable.

Patterson dénonce en outre la mise en pratique par les Américains, dans l'entre-deux-guerres, de l'hygiène raciale et de ce qu'on nommait "l'eugénisme des familles", qui reproduisait les techniques de sélection ayant cours dans l'élevage des animaux, et qui fit de féroces disciples chez les nazis. En un mot, la rationalisation de la zootechnie et de l'abattage devait nécessairement aboutir à une "anthropotechnie" exterminatrice, celle-là même que les hitlériens menèrent à bien. Entre les procédés mis en oeuvre dans le traitement des animaux et celui d'hommes préalablement animalisés, il y aurait une rigoureuse similitude.

Si l'argumentation peut sembler forcée, c'est qu'elle prétend à la scientificité et qu'elle pèche le plus souvent par naïveté conceptuelle. La lecture de descriptions atroces, inoubliables, aurait pu suffire : ces récits pèsent plus lourd que toute démonstration, ils parlent d'eux-mêmes et emportent une sorte d'intime conviction, celle dont Patterson a recueilli le témoignage auprès de nombreux juifs marqués par l'extermination. Tous disent qu'ils ont un jour ressenti la certitude d'une communauté de sort entre les victimes de ce génocide et les animaux de boucherie conduits à la mort.

On peut ne pas être d'accord avec cette manière emphatiquement analogique de dénoncer les pratiques de transport et d'abattage. Et pourtant, on aurait tort de reprocher à Patterson de banaliser la destruction des juifs d'Europe. Il s'est instruit à Yad Vashem et il ne cesse d'affirmer l'unicité de ce meurtre de masse. Sa dénonciation s'ancre dans l'oeuvre d'Isaac Bashevis Singer, dont les livres, entièrement consacrés à décrire la singularité juive d'Europe centrale, sont en même temps hantés par le calvaire infligé aux bêtes destinées à l'alimentation. "Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, c'est un éternel Treblinka", écrit I.B. Singer : c'est donc une partie de cette phrase qui constitue le titre du livre de Patterson. Et il ne faudrait pas oublier que beaucoup d'auteurs juifs d'après 1945 ont osé la comparaison : Adorno et Horkheimer, Derrida, Canetti, Grossman, Gary, entre autres, ont été obsédés par la douleur animale et par sa proximité avec la souffrance des persécutions par les nazis.

Que faut-il faire pour que nous devenions moins inhumains avec les bêtes ? Le radicalisme de la réponse végétarienne préconisée par Patterson ne saurait convenir à tous. Mais il nous appartient à tous d'inventer une politique humaniste du vivant non humain.
UN ÉTERNEL TREBLINKA (ETERNAL TREBLINKA) de Charles Patterson. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Dominique Letellier. Calmann-Lévy , 334 p., 20,50 €.


Elisabeth de Fontenay*
Article paru dans l'édition du 11.01.08

* philosophe qui écrit souvent sur les droits des animaux, sans être "radicale" (je dirais cohérente Very Happy )
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Guillaume Broustic



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MessagePosté le: Mar 14 Oct 2008 | 17:23    Sujet du message: Répondre en citant

La comparaison entre l'holocauste des humains et l'holocauste des animaux est quelque chose de très délicat...
Ce genre de textes chocs est vraiment quelque chose de très bien je trouve, mais c'est également ce qui emmène, je pense, l'hostilité d'une partie des gens envers l'antispécisme.
A ce sujet, j'ai 2 exemples concrets sur Bordeaux :

A l'athénée libertaire, qui est un endroit autogéré depuis 1963, des concerts, débats à thèmes etc... sont organisés.
Ils ont également une bibliothèque indépendante avec plein de livres bizarres Wink
Comme ils organisent "régulièrement" des soirées concert/bouffe vegan à prix libre, j'ai demandé un jour au gars qui s'en occupe (comme quoi, il y a toujours un chef même chez les anarchistes!) s'ils avaient des livres sur l'antispécisme ou des sujets comme ça...
Il m'a répondu (d'ailleurs, vous allez pouvoir m'aider sur l'auteur de ça) qu'ils avaient à plusieurs débattu sur la possibilité ou non d'avoir dans leur bibliothèque un livre d'un auteur connu (je connais pas les noms de ces auteurs, désolé).
mais comme ce gars écrivait dans son bouquin que "si on accordait des droits aux handicapés et qu'on tient compte du fait qu'il n'ont pas de "conscience", pourquoi ne ferait-on pas pareil avec les animaux?"
Ils en sont donc arrivés à la conclusion que ce genre d'écrits pouvait être considéré comme fasciste (c'est leur grand truc ça "fasciste" pour désigner tous ceux qui pensent pas comme eux) et que donc, ils n'auraient pas de bouquin de ce genre....

Ensuite, pas plus tard que la semaine dernière, à la librairie indépendante de Bordeaux "La mauvaise réputation", j'ai également demandé au bonhomme qui y bosse s'il avait des ouvrages sur l'antispécisme et il a été catégorique :
"Non! j'aime pas la comparaison faite avec les juifs et l'holocauste"

Voila, donc si ce genre d'ouvrages ne se trouvent pas même dans les librairies indépendantes, ni dans les endroits plus "grand public", ça fait pas avancer les choses rapidement, vous croyez pas?
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Budy
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MessagePosté le: Mar 14 Oct 2008 | 17:37    Sujet du message: Répondre en citant

Je n'aime pas les comparaisons abusives à l'Holocauste, quand elles sont faites à tout bout de champ et pour n'importe quoi. C'est un terrain dangereux, on risque de faire dévier le débat de son sujet initial et de vexer les gens sans le vouloir.
Mais là il s'agit d'une étude poussée, qui parle entre autre de la Shoah (sur le choix du titre, je trouve par exp qu'il prête inutilement à polémique, mais bon...).

Guillaume Broustic a écrit:

Voila, donc si ce genre d'ouvrages ne se trouvent pas même dans les librairies indépendantes, ni dans les endroits plus "grand public", ça fait pas avancer les choses rapidement, vous croyez pas?

Ce livre est dispo dans les endroits "grand public". Pour les brochures et autres, on se passe de l'athénée et on en vend (prix libre) sur nos stands.

A Bordeaux, l'ouverture d'esprit est quand même hallucinante, on ne peut prendre un exemple particulier (celui de Bordeaux) comme modèle de ce qui se passe ailleurs (heureusement, même s'il y a encore du boulot à faire !). Quand j'y suis allée, on m'a dit "oué, on est végétarien mais sans prosélytisme" yeah, on va bien débattre là !
Et puis ce sont toujours les mêmes vieilles histoires de "machin est venu il y a 10 ans et m'a dit ça, et comme il est antispéciste, depuis je méprise tous les antispécistes et je défends même qu'on en parle" Super pour des prétendus anars non ?
Mais, pas de généralisation Rolling Eyes c'est juste qu'étant plutôt libertaire moi-même, ce conformisme anar me fait chier au plus haut point.

Pour résumer, je dirais qu'il faudrait que les gens arrêtent d'être stupides et qu'ils sont souvent pré-choqués.

Pour mettre une note d'optimisme, on a été super content-e-s d'être super bien accueilli-e-s à des rassemblements comme Peace and Landes ou le Rafistol festival. C'est toujours super de tenir des stands dans ce genre de rassemblement !
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Guillaume Broustic



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MessagePosté le: Mar 14 Oct 2008 | 17:52    Sujet du message: Répondre en citant

Ça c'est clair et net!
pour le rafistol'festival, de ce que j'ai pu en voir, c'est un festival avec de la musique et une ambiance "sympa".
Pour l'athénée libertaire, c'est exactement ça : du conformisme! et ça me fait bien rire d'ailleurs n'étant moi-même pas très libertaire Laughing
cela dit, je m'éloigne du sujet initial, et c'est vrai que c'est un sujet houleux.
par contre, nul doute que l'étude est poussée, j'imagine mal un type écrire sur le sujet sans savoir un minimum de quoi il parle!
Concernant l'ouverture d'esprit des bordelais, je trouve ça cool parce que dans l'ensemble, c'est pas un trait qui les caractérise le plus "l'ouverture d'esprit" sur pas mal de points!
Et puis, j'imagine que vous n'agressez pas les gens de toute façon lorsque vous tenez des stands...
Wink
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Budy
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MessagePosté le: Mar 14 Oct 2008 | 17:56    Sujet du message: Répondre en citant

Guillaume Broustic a écrit:

pour le rafistol'festival, de ce que j'ai pu en voir, c'est un festival avec de la musique et une ambiance "sympa".


C'était surtout un festival auto-géré et écolo, et pas que sur le papier (j'ai vraiment été impressionnée, si si).

Guillaume Broustic a écrit:
Concernant l'ouverture d'esprit des bordelais, je trouve ça cool parce que dans l'ensemble, c'est pas un trait qui les caractérise le plus "l'ouverture d'esprit" sur pas mal de points!


c'est sûr que pour une fois, la réputation n'est pas usurpée ! c'est spécial comme ville (et comme région).

Guillaume Broustic a écrit:
Et puis, j'imagine que vous n'agressez pas les gens de toute façon lorsque vous tenez des stands...
Wink


si si, à coup de carottes Twisted Evil
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Guillaume Broustic



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MessagePosté le: Mar 14 Oct 2008 | 18:03    Sujet du message: Répondre en citant

A coups de carottes! Laughing Laughing Laughing Laughing
j'imagine bien le truc :


(bon j'ai pris ce dessin sur le blog d'insolente veggie, mais c'est pour al bonne cause;))
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vanessa



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MessagePosté le: Dim 26 Oct 2008 | 16:05    Sujet du message: Répondre en citant

Chui en train de lire Eternel Treblinka et j'accroche pas trop ... Confused
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Budy
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MessagePosté le: Dim 26 Oct 2008 | 19:14    Sujet du message: Répondre en citant

vanessa a écrit:
Chui en train de lire Eternel Treblinka et j'accroche pas trop ... Confused


j'en suis restée au début Rolling Eyes tu n'accroches pas à quoi ? Le style, le propos ?
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vanessa



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MessagePosté le: Lun 27 Oct 2008 | 17:03    Sujet du message: Répondre en citant

Bah plus le style que les propos mais je me force à lire la suite. Cool
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